Un sujet qui fait mal

Dans mon dernier article j'ai écrit une phrase sur laquelle je voudrais revenir un peu plus en détail : "Car si le dicton dit que l'amour rend aveugle, je pense plutôt que pour nous croyants, la souffrance rend aveugle. Le vrai Amour, Lui, rend la vue !"

 

Définition

Tout d'abord, définissons ce que nous entendrons par le mot souffrance tout au long de cet article. Cela n'a rien d'une définition officielle ; c'est juste pour être sûr de bien me faire comprendre et qu'il n'y ait pas de malentendu.

Premièrement précisons que nous parlerons de souffrance intérieure, émotionnelle, psychologique,... Elle peut évidemment découler d'une souffrance physique intense, mais dans cet article le mot souffrance sera lié à l'intériorité.

L'autre caractéristique sera en rapport à l'intensité. Je ne parlerai pas d'une souffrance "légère" (qui sera plutôt qualifiée de douleur) mais d'une souffrance "extrême" qui nous est insupportable et qui génère des sentiments destructeurs très importants.

 

La souffrance rend aveugle

Dans le film adapté du roman La Cabane (le titre du film en français est "Le chemin du pardon" ; je le recommande vivement), on voit un homme qui, je paraphrase, "ne voit que par le trou de serrure de sa souffrance", ce qui le plonge dans la tristesse, la dépression, l'amertume, la haine et le pousse à avoir soif de justice et de vengeance. Sa vie ne tourne plus qu'autour de cette souffrance et il devient comme un fantôme dont l'existence ne sert plus à grand chose...

Cela peut nous arriver lors de circonstances tragiques, ou dans d'autres qui peuvent paraître moins importantes mais qui subjectivement le sont tout autant. La souffrance ainsi présente agit comme un poison qui diffuse son effet dans nos cœurs tordant complètement notre vision de la réalité. Elle devient synonyme de crise identitaire dans laquelle on perd toute notion de ce qui est bon dans nos vies, ne voyant uniquement ce qui ne va pas...

Ainsi, notre perception de l'amour de Dieu pour nous est faussée par notre incompréhension des circonstances malheureuses. Face à cela, il est triste de constater combien, plutôt que de se remettre en question sur l'étroitesse de notre vision des choses, on préfère penser que Dieu aurait pu faire autrement ; d'ailleurs, si on est honnête avec soi-même, on pense qu'on aurait mieux fait que Lui ! La conséquence directe est que nous ne nous sentons pas aimés. Il est là l'aveuglement généré par la souffrance : nous ne nous sentons pas aimés.

 

L'amour rend la vue

Jésus, ayant vécu le sommum du rejet et une persécution physique extrême, n'a pas tremblé dans son identité intérieure ce qui lui a permis de dire : "Père pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font". Comment réussi-t-il à réagir comme cela ? Il jouit de l'amour intarissable de son Père ce qui lui permet d'aimer ses propres bourreaux. Loin de se laisser enfermer dans des sentiments égoïstes (et anormalement familiers pour nous), Jésus réagi face à ses persécuteurs avec compassion, demandant ni plus ni moins à Dieu de ne pas leur tenir rigueur pour son propre meurtre ! En dépit de tout le mal que lui font subir les hommes, il ne voit qu'une seule chose : ces derniers ne savent pas ce qu'ils font et ils ont besoin d'amour pour que leur yeux s'ouvrent.

Se savoir parfaitement aimés nous rendra forts face à la tentation de la désespérance de la souffrance. Nos yeux resterons ouverts sur ceux qui nous entourent et nous ne perdrons pas de vue qu'Il nous aime autant que ceux qui pourraient nous faire souffrir ! Ainsi, comme le dit si bien Dan Mohler (pasteur américain), nous ne laisserons jamais le péché des autres produire le péché en nous ! Et nous refléterons toujours fidèlement l'image de notre Créateur : l'Amour. Quelle liberté !

 

Sortir des griffes de la souffrance

Le cercle vicieux commence lorsqu'à partir d'une circonstance dans notre vie nous franchissons la limite de l'identification à la souffrance. Il est absolument normal et naturel de ressentir la douleur de situations délicates. Mais c'est autre chose de laisser la souffrance nous envahir puis nous définir au point de devenir notre identité et que nous ne voulions même plus la lâcher. Car il est là le problème : nous ne voulons pas ou ne nous autorisons pas à lâcher notre souffrance. Pourtant cela n'a pour effet que d'augmenter la peine !

A l'écriture de ces lignes je pense au verset Luc 9.24 : "Car quiconque voudra sauver sa vie la perdra ; mais quiconque perdra sa vie pour l'amour de moi, celui-là la sauvera". Je pense vraiment que s'accrocher à sa souffrance c'est vouloir sauver sa vie ; mais c'est surtout le meilleur moyen de la perdre... Continuer à suivre Jésus c'est renoncer à ce que l'on aurait voulu (aussi légitime que ce soit) et ne pas se laisser envahir par de tels sentiments destructeurs ; c'est le chemin de la liberté et de la joie perpétuelle !

Je sais très bien que lorsque l'on "est dedans" ce n'est pas facile de voir les choses positivement. Prenons simplement par la foi le réflexe d'arrêter de prier pour que nos circonstances changent. Prions plutôt pour que nos yeux s'ouvrent bien davantage sur la réalité de l'amour de Dieu pour nous, afin qu'aucune circonstance ne puisse nous déstabiliser à l'intérieur. Nourrissons-nous de cet Amour car notre héritage n'a rien à voir avec une telle souffrance mais tout à voir avec l'Amour et la Joie !

 

Arrêtons donc de ressembler à Caïn qui, rongé par la souffrance du rejet (alors qu'il n'était pourtant pas rejeté en tant que personne) a fini par tuer son frère qu'il tenait pour responsable, mais ressemblons à Jésus et aimons Le, aimons nous les uns les autres, aimons nos ennemis. Si Dieu ne change pas c'est parce qu’Il EST Amour. Si l'Amour cesse d'aimer, Il n'est plus amour... Or Il nous a aimé, Il nous aime et Il nous aimera toujours !

Mots clés : mal, souffranceamour, La Cabane, Jésus, Joie, grâce, Dieu

Écrire commentaire

Commentaires: 0